Enfant, je pensais que le monde n’existait pas

Enfant, je pensais que le monde n’existait pas. Je l’inventais au fur et à mesure.

De cet âge où les sentiments surgissent, je garde une image influente et contrastée. Représentation originelle chargée d’émotions : la peur, un vide sans fond, le doute, une joie à l’état brut, une énergie pure… Ces toutes premières années de ma vie se déroulent dans un temps en dehors de l’histoire, un âge d’or où les dieux, les enfants-rois, les hommes-bêtes et les anges-démons se côtoient.

Puis, peu à peu, tout cela s’estompe. Une autre vie, la raison, d’autres images prennent place jusqu’à recouvrir les miennes. Les photos tangibles des albums de famille, les images emblématiques de notre vécu collectif prennent presque tout l’espace et me remplissent de leur présence.

Aujourd’hui, j’ai la preuve que j’existe : cela fait 50 ans que j’en rêve.

Mais que reste-t-il de ce temps primordial et lointain ? Ce qui nous habite en profondeur n’est-il pas le socle commun à tous les humains ?

Vision créatrice liée à ces sentiments oubliés.

Claire Jolin, mars 2015