Comment la photographie
nous aide à matérialiser nos pensées

L’engouement de l’argentique
ou pourquoi il faut imprimer ses images

L’engouement de la photo argentique révèle sans doute un besoin : celui de créer des preuves que nos pensées, ces objets immatériels, ont bien une existence. On est loin d’un retour en arrière ou d’une nostalgie un peu naïve pour tout ce qui est ancien. Du cerveau à la main, l’argentique est devenu un moyen d’expression rapide – beaucoup plus rapide que le numérique – pour donner une vie physique à des œuvres de l’esprit. Je pense, j’agis et j’obtiens un objet physique : un négatif.

Ce raccourci entre deux réalités, immatérielle et physique, est fascinant. Bien plus fascinant que le numérique où pensée immatérielle et image numérique ne sont que deux états qui ne font que transférer l’idée du cerveau au disque dur sans jusque là lui donner une existence qui permettrait l’échange.

La jeune génération, celle qui a toujours connue le numérique, les ordinateurs comme les appareils photos numériques, l’a bien senti et choisie intuitivement de plus en plus souvent l’argentique pour son pouvoir de révéler physiquement leurs états d’âme. Ils préfèrent l’action à la réflexion et avec l’argentique ils ont le pouvoir de créer, d’agir et de produire en même temps. Ils tiennent entre leurs mains leurs créations.

Il faut voir avec quelle jouissance – et j’en suis tout étonnée – ils se plongent dans les heures de développement argentique. La fascination de voir l’image de leur pensée apparaître sous leurs yeux l’emporte largement sur les conditions fastidieuses du labo.

Et ils ont sans doute raison car une image, bonne ou mauvaise, n’existe que si elle est partageable, non ? Ce qui veut souvent dire, qu’au moins pour un temps, elle a existé physiquement… Imprimée !