Comment la photographie
nous aide à matérialiser nos pensées

L’engouement de l’argentique ou pourquoi il faut imprimer ses images L’engouement de la photo argentique révèle sans doute un besoin : celui de créer des preuves que nos pensées, ces objets immatériels, ont bien une existence. On est loin d’un retour en arrière ou d’une nostalgie un peu naïve pour tout ce qui est ancien. Du cerveau à la main, l’argentique est devenu un moyen d’expression rapide – beaucoup plus rapide que le numérique – pour donner une vie physique à des œuvres de l’esprit. Je pense, j’agis et j’obtiens un objet physique : un négatif. Ce raccourci entre deux …

Dédales

“Dédales” ce sont des images mentales d’une pensée mathématique en construction, un univers onirique rempli de messages cryptés. Une plongée dans un cyberespace, une constellation de champs lexicaux, un ensemble de signes, formes et couleurs appartenant à l’indistinct mais déjà à la vie. Une matrice où les formes latentes de la matière naturelle ou humaine s’organisent comme les prémices d’une idée. De la myriade de lignes qui se croisent de façon désordonnée émerge peu à peu une logique fascinante. “Dédales” tente de matérialiser la pensée, un des objets les plus dissimulés de notre réalité. On avance dans cette connaissance par …

Nous étions anges

Créer des images pour affronter le monde Enfant, je pensais que le monde n’existait pas, que je l’inventais au fur et à mesure. Dans la toute petite enfance, les pensées-images, réelles, imaginaires et rêvées, ne font qu’un. De cet âge, je garde un souvenir influent et contrasté, mêlé de danger, peur, vide, mais aussi de joie à l’état brut, d’énergie incommensurable… Mais peu à peu les images du monde des adultes ont pris de plus en plus de place jusqu’à recouvrir les miennes. Ce passage vers l’âge de raison est une perte : l’accès conscient aux pensées-images originelles m’échappe définitivement. …

Anne Funke, historienne d’art,
présente l’exposition
« Sous les racines »

Odile Villeroy et Claire Jolin : « Sous les racines » Ausstellung Atelier Museum Haus Ludwig, Saarlouis, 29. März 2015 Mit ihren Arbeiten auf Papier treten Odile Villeroy und Claire Jolin in einen Dialog ein. Ich freue mich, diesen Dialog näher betrachten zu dürfen. Die französischen Künstlerinnen präsentieren sowohl jüngere, jüngste!, Arbeiten, als auch Ältere, die durch eine feinfühlige Hängung … neue Bedeutung gewinnen. En préparant l’exposition commune d’Odile Villeroy et de Claire Jolin, j’ai été surprise par le titre « Sous les racines ». Accrochée par les travaux en noir et blanc des deux artistes, j’ai eu l’impression d’entreprendre un voyage vers le monde …

Enfant, je pensais que le monde n’existait pas

Enfant, je pensais que le monde n’existait pas. Je l’inventais au fur et à mesure. De cet âge où les sentiments surgissent, je garde une image influente et contrastée. Représentation originelle chargée d’émotions : la peur, un vide sans fond, le doute, une joie à l’état brut, une énergie pure… Ces toutes premières années de ma vie se déroulent dans un temps en dehors de l’histoire, un âge d’or où les dieux, les enfants-rois, les hommes-bêtes et les anges-démons se côtoient. Puis, peu à peu, tout cela s’estompe. Une autre vie, la raison, d’autres images prennent place jusqu’à recouvrir les …

« L’Œil du chien qui hurle la nuit »

“Voir plus loin, voir dans l’invisible, à travers l’espace et le temps” nous murmure Jean-Claude Ameisen. Photographier cette zone inatteignable de notre conscience où tout devient possible, plus sombre, plus grand, plus dense… Cet ailleurs pourtant si proche. Capter les rêves, l’espace-temps de notre sommeil, où passé et présent se mêlent, où l’on se souvient de ce qui viendra demain. Cet univers sur lequel nous n’avons aucune prise, où l’on peut voler, où l’on a si peur, où l’on aime si fort… Flux et reflux entre douceur et angoisse, netteté et disparition, étrangeté et réel. Photographier nos images mentales, celles qui …

Récit de voyages

Au Moyen-Âge, les récits de voyage étaient des récits de quête, une succession de découvertes, des narrations épousant l’expérience… ou au contraire entièrement reconstituées d’après souvenirs. C’est un genre littéraire difficile à cerner. Une esthétique du fragment et du discontinu, fait de bribes, d’impressions, de descriptions… comme autant de digressions. Ce genre nouveau témoigne alors d’un bouleversement de la pensée occidentale : l’expérience de ce qui est autre… et de l’Autre. Dans mon récit, je décide de prendre le contre-pied et de partir à la découverte du monde originel. Comme les Amériques au XVIIIe siècle, mon corps, ces quelques centimètres carré de peau, devient une territoire vide invitant …